20 ans que Quentin Tarantino, ou QT pour les intimes, grave nos rétines de son cinéma ultra violent, esthétiquement soigné, et purement jouissif. Cet amoureux fou du cinéma est au septième art ce que Mozart est à la musique classique : un génie, un virtuose, une référence. A l’occasion de la sortie de son 8ème film, le très attendu «Django Unchained», retour sur la filmographie impeccable de ce «maestro», qui manie la dramaturgie et les codes scénaristiques avec autant de dextérité qu’un maître samouraï avec son sabre. Aussi à l’aise avec une plume qu’avec la caméra, il n’a pas fini d’impressionner les spectateurs par sa mise en scène stylisée et minutieuse. Si vous n’êtes pas encore fan de QT, il n’est jamais trop tard pour le devenir, et de découvrir ses films aussi riches que variés. Et comme dirait ce sale gosse d’Hollywood, et en français dans le texte : «Vive le cinéma!»

«Reservoir Dogs» 1992.

Quoi : Tarantino décrit une bande de truands (Mr White, Mr Orange, Mr Blonde, Mr Pink, Mr Brown et Mr Blue) et les évènements qui surviennent avant et après un braquage raté.

Pourquoi le découvrir : Pour son premier film, QT fait sensation avec cette histoire de gangsters et impose déjà son style. Un film culte, brillamment interprété, reconnu pour sa violence abrupte, ainsi que son côté fun et déjanté. QT soigne déjà avec minutie ses longues séquences de dialogues souvent décalés, notamment la scène d’ouverture, habilement réalisée, où la bande de truands disserte sur la chanson «Like A Virgin» de Madonna. Tarantino réinvente le film de braquage et entre immédiatement dans la cour des (très) grands.

La scène culte : Mr Blonde qui découpe l’oreille d’un flic au rasoir, avec pour fond sonore «Stuck In The Middle With You» de Stealers Wheel. Un savoureux mélange de cruauté absolue et de désinvolture cool.

«Pulp Fiction» 1994.

Quoi : Le film de la consécration pour Tarantino.

Pourquoi le découvrir : En 1994, QT gagne la palme d’or (méritée) qu’il reçoit en faisant un doigt d’honneur (mérité) à une femme du public qui le hue. C’est à ce geste que s’apparente son cinéma, un doigt d’honneur au cinéma Hollywoodien politiquement correct, aseptisé, fade et sans originalité. L’histoire est un gros foutraque totalement maîtrisé qui part dans tous les sens, mais le spectateur n’est jamais perdu, peut-être un peu déstabilisé par moment, mais c’est avant tout un grand moment de jubilation. Ici, Tarantino s’intéresse à nouveau à des gangsters aussi allumés que dangereux, qui citent la bible au moment de descendre un mec, où qui discutent tranquillement de massages de pieds, de cunnilingus et de cheeseburgers alors qu’ils sont en route vers une de leur tuerie coutumière. Rempli de références de la pop culture, c’est un film excitant grâce auquel Tarantino devient une icône pour les cinéphiles.

La scène culte : Tout le film est culte, c’est ça le génie de «Pulp Fiction». Mais s’il ne fallait en choisir qu’une : la scène tragi-comique où John Travolta ranime, d’un coup de seringue en plein cœur, Uma Thurman qui fait une overdose. Brillant !

«Jackie Brown» 1998.

Quoi : L’adaptation ciné du roman «Punch Créole» de Elmore Léonard.

Pourquoi le découvrir : Même si on reconnaît indéniablement sa patte, ce Tarantino est assez différent de ses précédents. Moins bavard, il se focalise plus sur l’histoire qui réunit des personnages toujours autant déglingués (mention spéciale à Robert De Niro dans un rôle à contre emploi). L’écriture reste comme à son habitude, originale et soignée. QT prend un malin plaisir à jouer avec le spectateur avec cette histoire d’arnaque aux multiples rebondissements. Plus qu’un film, une vraie déclaration d’amour à son actrice principale : Pam Grier !

La scène culte : Robert De Niro et Samuel L Jackson qui regardent une pub mettant en scène des meufs en bikini qui présentent des armes à feux. Du Tarantino pur jus !

«Kill Bill volume 1» 2003.

Quoi : La 1ère partie de son diptyque sur La mariée, une femme vengeresse qui n’a qu’un seul objectif : «tuer Bill». Un vrai film hommage au cinéma d’arts martiaux hongkongais, et rempli de références cinéphile.

Pourquoi le découvrir : Violent, épique, drôle, QT offre avant tout aux spectateurs un film jubilatoire et très excitant. Il s’affranchit des règles narratives pour imposer les siennes, ce qui donne un film riche d’originalité, et artistiquement parfait. Une leçon de cinéma. Son chef d’œuvre !

La scène culte : Le combat au katana entre La mariée et les «Crazy 88». Le sang gicle à foison, mais Tarantino arrive à nous amuser. Chapeau !

«Kill Bill volume 2» 2004.

Quoi : La 2ème partie de son diptyque. Cette fois en faisant un hommage aux westerns spaghetti.

Pourquoi le découvrir : Moins violent et beaucoup plus posé que le 1er volume, on suit avec toujours autant d’intérêt et d’excitation le parcours de La mariée. L’écriture est toujours aussi précise et nous amène vers un final à la fois explosif et intimiste !

La scène culte : Le combat entre La mariée et Elle Driver : violent, jouissif et excitant, mais surtout violent.

«Boulevard De La Mort» 2007.

Quoi : Un mec tue des filles à l’aide de sa voiture.

Pourquoi le découvrir : Qu’on se le dise, ce film est le moins bon de Tarantino. Mais moins bon pour Tarantino reste néanmoins supérieur à la moyenne. Trop bavard par moment, ce film est un hommage réussi au série B d’antan. Moins basé sur l’écriture que ses précédents, QT s’amuse avec la caméra qu’il manie avec brio et panache.

La scène culte : Un accident de voiture montré sous différents points de vues. Le grand moment du film, un grand moment de cinéma !

«Inglourious Basterds» 2009.

Quoi : Pendant la seconde guerre mondiale, une bande de juifs dégomment des nazis.

Pourquoi le découvrir : Pour le plus grand plaisir du spectateur, QT ne pouvait pas faire un film de guerre comme les autres. Encore une fois, on jubile devant un de ces films. Il écrit de longues scènes de dialogues pour faire monter progressivement la tension jusqu’à l’explosion totale. Il réinvente le film de guerre avec talent et culot. En prime, on découvre un acteur excellent : Christoph Waltz. Un vrai film Tarantinien !

La scène culte : La scène d’ouverture qui place la barre très (trop ?) haute. Et pour le fun, l’éclatage de crane d’un nazi par un juif à coup de batte de base-ball.

«Django Unchained » 16 janvier 2013.

Quoi : Grand amateur de western (un de ses films préférés est la référence «Il Était Une Fois Dans L’Ouest»), QT se lance enfin dans ce genre qui lui est cher. Ici on suit les traces de Django, un esclave noir qui fait équipe avec un chasseur de prime allemand pour récupérer sa femme, prisonnière du très cruel Calvin Candie incarné par Leonardo DiCaprio dans son premier (et espérons pas dernier) rôle de «bad guy».

Pourquoi le découvrir :
Le meilleur film de QT depuis «Kill Bill volume 1». Son dernier opus est un savoureux mixe de tout ce qu’il maîtrise à la perfection et de tout ce qu’on aime dans son cinéma. Dès les premières images, on sait qu’on est dans un film de Tarantino et que ça va défourailler grave ! Pour notre plus grand plaisir, il ne lésine pas sur les scènes de duel au pistolet, notamment avec une séquence de «gunfight» d’ores et déjà culte, et d’une maîtrise d’orfèvre. A son apogée, QT réinvente le western en lui apportant sa patte. On a un mélange de violence extrême, d’humour (noir), et de cool attitude. Une belle leçon de cinéma remarquablement mise en scène, dans laquelle il dirige des acteurs tous aussi extraordinaires les uns que les autres. Il offre à Leonardo DiCaprio un de ces rôles les plus fous, et impose Christoph Waltz (qu’il avait déjà dirigé dans «Inglourious Basterd») comme un des meilleurs acteurs de sa génération. Un film brillant et jouissif (comme souvent chez QT) qui nous fait encore plus apprécier le cinéma. Merci QT !

La scène culte : Pour le savoir, je vous invite vivement à le découvrir de vous même dans la salle de ciné la plus proche de chez vous…

A noter qu’en plus d’être un grand cinéphile, Quentin Tarantino est aussi un grand fan de musique. Cela se ressent dans les BO de ses films. Il ne fait jamais appel à un compositeur, il utilise des musiques déjà existantes (la plupart du temps de 70′s) qu’il remet au goût du jour, (re)deviennent cultes et qu’on aime (tous) écouter. En vrac : «Chick Habit» de April March, «Bang Bang» de Nancy Sinatra, «Goodnight Moon» de Shivaree, «Pumpkin And Honey Bunny» de Misirlou, «Don’t Let Me Be Misunderstood» de Santa Esmeralda etc.

Lecteurs, lectrices, si vous aimez QT, n’hésitez pas à signaler le film que vous préférez.

Jérémie Dimajo