Il est encore de bon ton de préférer les seins quasi-inexistants, la taille et les hanches qui semblent n’être qu’un rectangle pas bien épais. En d’autres termes, celles pour qui la santé physique et morale est parfois discutable, servent de modèle en traînant leur cadavre sur les podiums. Et ailleurs.

La faute aux médias qui nous bombardent de squelettes en robe Versace, tout en assurant aux jeunes filles passionnées de mode que le métier de mannequin est le plus sexy du monde. La faute à cette anorexique de Kate Moss qui ferait mieux, à mon sens, de raccrocher une bonne fois pour toutes et de prendre au passage quelques kilos. La faute aux sites pro anas et à ce nouveau culte du corps qui pousse de plus en plus de personnes raisonnables à avoir recours à des solutions déraisonnables, dans l’unique but de se faire reluquer un peu plus le derrière. La faute à certains médecins, diététiciens et nutritionnistes qui clament haut et fort qu’il faut impérativement être mince pour être en forme. La faute aussi aux cuisiniers et amateurs médiatisés de bonne bouffe qui, la bouche pleine de merde, rendent logiquement les formes indélicates. Et puis, la faute à la mode qui, malgré quelques engagements notables, ne soutient toujours pas assez ces femmes devenues une tendance réaliste, agréable à l’œil et douce au moral.

L’illustre magazine de mode VOGUE a déjà donné son nom à un site destiné aux femmes en formes (Vogue Curvy) et poursuit sur sa lancée en offrant aux Italiens une couverture des plus charmantes. La version de juin met en effet à l’honneur quelques mannequins grande taille, histoire de pousser encore un peu plus Kate Moss vers la sortie. Candice Huffine, Robyn Lawley, Marquita Pring et la désormais célèbre Tara Lynn (ndlr : égérie H&M en 2011 pour la collection « Big is beautiful ») ont posé pour l’objectif de Steven Meisel. Ce dossier, simplement baptisé « Belle Vere » (ndlr : « les vraies beautés »), sublime la taille 44 de ces femmes, à en filer des complexes à toutes celles qui se pavanent dans leur taille 36. Si les marques de la vie et surtout, du quotidien de rondes ont miraculeusement disparu des clichés, il faut tout de même saluer la démarche de Franca Sozzani, rédactrice en chef. Elle s’est d’ailleurs exprimée : « Les femmes généreuses sont de retour dans toute leur splendeur. L’exubérance d’un corps aux formes arrondies a beaucoup plus d’allure et est plus sexy. » La preuve en image.