Par essence, la mode est une manière temporaire de penser, de faire, de s’habiller surtout. Propre à chaque époque, elle n’en est pas moins récurrente puisque toute nouvelle mode n’est finalement que le retour d’une ancienne. Également propre à chaque culture, elle est l’expression des idées et des valeurs d’une société, tant il est vrai que même la langue nous rappelle que nous avons les costumes de nos coutumes et les habits de nos habitudes.

Historiquement, la mode est liée à une volonté de différenciation entre les classes sociales. Lorsque les plus riches souhaitaient démontrer leur puissance politique, économique et sociale, les vêtements et accessoires constituaient alors un véritable principe d’affirmation. Ces individus qui cherchaient à la fois à imiter leurs semblables et à se distinguer des autres sont finalement à l’origine des modes.

En matière de mode, les normes dites « sociales » ont du poids.

Si certains imaginent encore que le fait de se vêtir est un acte totalement affranchi au vu du nombre de possibilités infinies, ils se trompent. A tous les niveaux, exit le libre arbitre, nous sommes inconsciemment régis par des valeurs et des usages collectifs. En matière de mode, ces derniers nous poussent à associer des pièces avec d’autres dans le but de créer une tenue respectant finalement les normes sociales imposées.  « Qui de nous est insensible au désagrément qu’il y a à porter certains vêtements que nous nous sentons obligés de porter ? Mais nous nous plions à la norme. Il n’y a guère de gens pour défier purement et simplement les règles de l’usage » avouait Quentin Bell, auteur d’une sociologie du vêtement.

Nous suivons tous les tendances, parfois certains les font mais nous visons un même objectif : nous identifier en tant qu’être humain, en tant qu’être social surtout.  C’est particulièrement vrai en matière de mode puisque les pièces approuvées collectivement assurent de paraître à son avantage. Et qui ne cherche pas à l’être ? « Contrairement à ces discours lénifiants qui prônent un je-m’en-foutisme vestimentaire, tout le monde se regarde dans la vitrine des boutiques avec la même envie de se plaire. » avait déclaré votre canard, il y a de ça quelques mois.

Respecter scrupuleusement la mode vestimentaire se justifie également par le besoin humain d’imiter ses semblables, de travailler un style quasi-identique afin de se sentir intégré à un groupe. Dans la pyramide des besoins de Maslow, l’appartenance à une communauté intervient en troisième place derrière les besoins physiologiques et les besoins de sécurité. Il est donc impossible d’éviter les tendances. Leur suivi est simplement une façon de s’intégrer plus facilement au sein de la société, au sein d’une communauté et justifie notre statut d’être social. C’est d’ailleurs sur ce postulat que s’est basée l’association Joséphine qui tend à rendre la beauté accessible aux femmes les plus appauvries de la planète afin de faciliter leur intégration sociale (cf : article « mailforgood, une autre façon de s’engager »).

A ceux qui clament haut et fort leur insensibilité aux tendances, leur liberté face aux normes sociales dont nous parlions plus haut, à ceux qui préfèrent voir leur individualité que leur place dans la collectivité, à ceux qui se pensent dotés d’une profondeur d’esprit incompatible avec l’aspect futile de la mode, à ceux qui se dessinent en mouton noir au milieu des moutons blancs, qu’ils sachent qu’ils sont des êtres déterminés. Qu’ils sachent qu’ils sont finalement comme nous, comme vous, comme moi.