Avec Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman, Alan Arkin, etc.
Sortie le 7 novembre 2012.

En 2007, alors que sa carrière d’acteur est sur le déclin, Ben Affleck crée la surprise en sortant son premier long-métrage en tant que réalisateur : «Gone Baby Gone», un thriller palpitant à la réalisation maîtrisée. Trois ans plus tard, il transforme l’essai de façon admirable en signant «The Town», un polar haletant, brutal, et efficace, qui le fait alors entrer dans la cour des grands. Aujourd’hui, les amateurs de bons films ont logiquement les yeux rivés sur sa nouvelle réalisation. Cette fois-ci, il s’intéresse à un fait réel hors du commun : en 1979, en pleine révolution iranienne, un agent de la CIA part en Iran avec pour mission d’exfiltrer six américains en danger de mort. Pour se faire, il va essayer de les faire passer pour une équipe de tournage d’un faux film de science fiction : «Argo».

 

L’avis de Jérémie

Un moment de cinéma intense !

 

Le spectateur est captivé de la première à la dernière image. On assiste à un film d’espionnage réaliste, interprété par des acteurs brillants, finement dirigés par un Ben Affleck inspiré. Avec virtuosité, il huile rigoureusement les rouages narratifs de cette histoire aussi incroyable que véridique. Il tire des ficelles scénaristiques maintes fois exploitées, mais y insère habilement une telle tension et un tel rythme, qu’on ne peut s’empêcher de trembler pour le sort de ces six américains, pour lesquels on ressent une empathie immédiatement. Sans aucun moment de répit, le but du réalisateur est clairement de nous faire participer à cette mission délicate. La réalisation nerveuse et efficace en rajoute savamment une couche. Il parvient à donner une vraie dimension cinématographique à cet épisode historique, longtemps caché au grand public pour des raisons politiques.

Argo_affleck et cranston

Le réalisateur a l’intelligence d’insérer des scènes de comédie pour faire retomber d’un «chouia» la pression palpable. Dans ces séquences, il en profite pour taper gentiment sur la machine hollywoodienne, grâce à des dialogues vraiment travaillés. Ben Affleck évite de tomber dans le piège de montrer une Amérique démocratique et moralisatrice, face à une Iran en pleine ébullition. Cependant, on pourrait reprocher un manque de parti pris. Cela n’enlève en rien la qualité et la puissance artistique de «Argo».

Au final, un film intelligent, à la fois palpitant et drôle par moment, qui fait la part belle à la ténacité et au courage humain. Ben Affleck ressuscite avec «maestro» le thriller politique des 70’s. C’est définitivement un réalisateur sur lequel on peut compter. On en oublierait presqu’il a joué dans «Dardevil» (j’ai bien dit presque…).

L’info en plus : avant «Gone Baby Gone», Ben Affleck s’était déjà essayé à la réalisation en 1993 avec un court métrage intitulé : «I Killed My Lesbian Wife, Hung Her on a Meat Hook, and Now I Have a Three-Picture Deal at Disney». Avec le temps, on peut dire que Ben Affleck a appris une leçon : il ne faut pas forcément un (très) long titre pour signer un (très) bon film !

Jérémie Dimajo